Entretiens croisés : Ilmar Reepalu et Michel Delebarre (Comité des Régions)
Par
Floriane Bernardot, le 13 mai 2011
Nous poursuivons notre série d’entretiens tirés du dernier numéro du magazine Energy Cities INFO n°39 (Avril 2011).
Ce mois-ci, découvrez les opinions d’Ilmar Reepalu et de Michel Delebarre, travaillant tous deux au Comité des Régions.
Ilmar Reepalu (Parti socialiste européen) est Maire de Malmö (SE) et Président de la Commission ENVE du Comité des Régions. Cette commission permet aux représentants de collectivités locales et régionales de discuter de la formulation de politiques énergétiques et de promouvoir les bonnes pratiques dans ce domaine.
Michel Delebarre (Parti socialiste européen), est Maire de Dunkerque (FR) et Président de la Commission COTER au Comité des Régions. Cette commission offre aux représentants des autorités locales et régionales la possibilité de discuter de la planification et de la mise en œuvre de ces politiques et s’assure que leurs inquiétudes sont bien relayées auprès des autres institutions européennes.
"M. Reepalu, selon vous, quelle est la dimension territoriale de la politique énergétique européenne ?"
"La politique énergétique européenne impose aux Etats membres d’accroître la part de leur production d’énergies renouvelables. Cette production doit être optimisée en fonction des conditions locales et régionales, c’est-à-dire que chaque région doit utiliser au mieux ses ressources naturelles. Un approvisionnement énergétique stable, sûr et durable nécessite en effet que la production soit disponible dans toute l’Europe. Les villes et régions doivent se montrer plus actives dans l’identification de leurs capacités à contribuer à la réalisation
des objectifs de la politique énergétique européenne. A Malmö, nous nous sommes fixé un objectif ambitieux : satisfaire l’ensemble des besoins énergétiques de la ville à partir d’énergies renouvelables, pour l’essentiel produites localement ou dans la région, d’ici à 2030.
Dans le même temps, les villes doivent se montrer plus actives à évaluer leur potentiel en terme d’efficacité énergétique. Réduire la demande énergétique dans nos propres régions passe d’abord par le recours à des solutions faciles à mettre en place pour un résultat rapide, ouvrant ainsi la voie à d’autres investissements dans le domaine de l’efficacité énergétique à moyen terme."
"M. Delebarre, quelle est la dimension énergétique de la politique territoriale ?"
"J’ai toujours considéré que l’Union européenne avait, jusqu’à présent, trop ciblé ses programmes sur la seule compétitivité économique et qu’elle devait placer les trois piliers du développement durable sur un pied d’égalité dans sa stratégie « EU 2020 ». Dans ce
contexte, en qualité de Président de la COTER du Comité des Régions, je milite pour que la réforme de la politique de cohésion territoriale de l’UE prenne réellement en considération la question énergétique et celle de la qualité de vie comme étant l’un des cœurs de la définition des politiques urbaines. Cela ne peut se passer sans une reconnaissance forte du rôle des villes et des moyens octroyés pour celles-ci par l’UE dans une logique contractualisée de multi-gouvernance. Cette mutation « idéologique » de la définition de la cohésion territoriale et de la politique urbaine est centrale pour relever les défis des villes et particulièrement les enjeux énergétiques.
En clair, l’énergie n’est pas un volet de la cohésion territoriale mais un des éléments-clés du système territorial.