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Des données plus pertinentes pour permettre aux villes de conserver la priorité des réseaux

par Martin Freire le 2 juillet 2018 / 1751 visites

L’éco-quartier de l’Îlot Allar à Marseille utilise l’eau de mer pour produire chauffage et climatisation grâce à une initiative privée : Massileo.
Utiliser l’eau de mer pour le chauffage et la climatisation n’est pas une nouveauté, mais à Marseille, c’est une première. Massileo, un réseau privé nouvellement installé dans le port de Marseille, utilise cette technologie renouvelable pour alimenter en chaleur et en froid des bâtiments dans l’éco-quartier de l’Îlot Allar.


Deux éléments sont à retenir de cette expérience

Commençons par les points positifs. Massileo est un projet pilote qui a vocation à être répliqué par toute collectivité prête à en faire l’investissement. Depuis sa mise en œuvre, le nombre de bâtiments pour lequel une demande de connexion au réseau a été déposée ne cesse de croître. Le système fonctionne de manière fiable et c’est une décision économique de bon sens. Les villes européennes avec un accès direct à la mer ou à un lac peuvent en effet utiliser cette technologie pour réduire les émissions liées au chauffage et à la climatisation, un secteur qui représente environ la moitié de la demande énergétique en Europe.

Le réseau pompe l’eau de la Méditerranée à une profondeur d’environ 50m, là où la température est à peu près constante. Les calories de l’eau de mer sont transférées à un réseau d’eau douce grâce à un échangeur de chaleur, sans qu’il y ait mélange des deux eaux. Le système est également interconnecté et permet d’échanger les calories entre bâtiments : la chaleur dégagée par la climatisation peut ainsi être utilisée pour la production d’eau chaude de bâtiments voisins.

Massileo n’est pas la première initiative de ce type à Marseille

Cette technologie avait été envisagée lors de la construction de deux bâtiments publics dans le même quartier dès 2013, mais la Ville n’était pas parvenue à prendre une décision à ce sujet et le projet avait été abandonné. Comme toujours lorsqu’il s’agit de changer de système, le modèle économique n’était pas abouti et l’investissement initial ne semblait pas assez prometteur.
ENGIE, la multinationale énergétique française, y a vu une opportunité et a décidé d’investir massivement dans un nouveau réseau, Thassalia, qui utilise cette technologie. Cette décision audacieuse en a surpris plus d’un, mais elle a été au final bien accueillie. L’engagement de la Ville à financer environ 20 % de l’investissement a été un élément décisif pour la réalisation du projet. Et la concurrence encourageant l’innovation, Dalkia (EDF), un concurrent direct d’ENGIE, n’a pas tardé à proposer une initiative similaire en 2017 avec Massileo, un réseau de 1,4 km.

Le second élément à retenir est que l’occasion ratée par la collectivité publique a fait le bonheur d’une entreprise privée prête à s’engager dans un projet innovant. Et c’est bien là le souci.
Non pas parce que ce n’est pas au secteur privé de déployer des technologies et solutions permettant de réduire de manière significative les émissions. Au contraire, ce type de comportement sera toujours plébiscité. Mais cela met en relief une occasion manquée pour la ville de s’approprier et de faire évoluer elle-même son propre réseau.

La finalité de toute entreprise privée est de vendre des produits et d’en tirer profit. Ceci n’est pas une critique, mais un fait. Ici, le produit est l’énergie. Plus la consommation d’énergie est élevée, plus le retour sur investissement sera important, incitant l’entreprise à investir dans des projets similaires (et nécessaires). Les entreprises privées doivent être encouragées à investir dans de tels projets. Mais l’Europe doit voir au-delà des grandes entreprises énergétiques privées et s’intéresser davantage aux systèmes plus démocratiques, détenus par des acteurs locaux.

Tout investissement privé important a un impact direct sur l’efficacité énergétique. Si nous voulons réduire de manière significative les émissions et respecter l’Accord de Paris, l’efficacité énergétique doit devenir notre première priorité et aller de pair avec un développement des énergies renouvelables. Or pour l’entreprise privée qui doit penser à son retour sur investissement, à ses actionnaires ou à créer des emplois, ce n’est pas forcément une priorité. Plus un bâtiment est isolé, moins il consomme d’énergie. Ce qui signifie moins de profit.
Comment dès lors s’assurer que des projets comme celui-ci sont lancés, mis en œuvre et encouragés par les institutions publiques dans l’intérêt du public et conformément aux objectifs climatiques ?

Une réponse possible réside dans l’accès à des données plus pertinentes. Avant de mettre en place une solution viable, les collectivités doivent identifier, analyser, modéliser et cartographier leurs besoins en chauffage et climatisation, ainsi que les ressources disponibles sur leur territoire. C’est précisément l’objectif de Hotmaps, un projet financé par des fonds européens en cours de développement qui vise à permettre aux institutions publiques (et aux entreprises privées) de repérer les opportunités et réaliser des investissements plus intelligents.

Hotmaps est un outil en ligne que les collectivités locales peuvent utiliser pour créer des scénarios qui serviront de base à leur planification. Grâce à une carte interactive, l’utilisateur peut jouer avec les variables d’un territoire donné afin d’optimiser les ressources et déceler des opportunités. Le projet mobilise des acteurs de divers secteurs et fournit des données concernant les 28 pays de l’Union européenne à l’échelle nationale et locale. Le but est d’aider les collectivités à développer des stratégies pour la chaleur et le froid au niveau local, régional et national qui respectent les objectifs en matière d’énergies renouvelables et d’émissions de CO2, tant au niveau national qu’européen.

Les données ne sont bien sûr qu’un élément du puzzle. La mobilisation des entreprises privées, des leaders locaux engagés et une coopération renforcée entre échelon local et national sont le moteur de la transition énergétique en Europe, mais des données plus pertinentes et plus nombreuses ne peuvent qu’aider à accélérer le processus.

Découvrez CADéco Jonction, un projet similaire à Genève






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